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Larger Than Life

4 février 2026
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Larger Than Life

4 février 2026
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Dans les cours prénataux, une phrase de l’infirmière a particulièrement marqué mon esprit. Quand elle expliquait la sensation provoquée par les contractions et la poussée lors de l’accouchement, elle a affirmé ceci avec une grande conviction : « Tu penses que tu vas mourir ».

Elle disait vrai.

En effet, tu penses que tu vas mourir, et hop, tu donnes la vie.

Puis, une milliseconde après, ça te pogne, comme si une grosse chaîne invisible venait de t’attacher à une autre personne, avec un cadenas qui ne pourra jamais être débarré, ni avec un code ni avec une clé.

Tu as les yeux cernés et le cœur qui se remplit d’un je-ne-sais-quoi qui menace de déborder.

Tu brailles. Tu ris.

Ta personne et ta vie d’avant sont décédées du même coup.

Bienvenue dans la maternité.

Une renaissance où l’amour pour ton enfant devient, dans les premiers mois, ton moteur de survie (et parfois de délire).

J’ai, pour ma part, crashé trois mois après la naissance de ma fille. Un crash ayant débuté avec Nick Carter pis sa gang.

J’étais, comme toute bonne maman d’un nouveau-né, fatiguée à l’extrême d’avoir pas dormi, d’avoir allaité, d’avoir essayé de travailler,  d’avoir tiré du lait avant de m’coucher pour dans l’fond pas dormir, d’avoir tiré du lait en essayant de travailler, d’être allée à de nombreux rendez-vous de suivis médicaux, de lire trop sur comment gérer son bébé, etc. Mais j’ai tout de même choisi d’y aller, à ce show des BackStreet Boys sur les Plaines d’Abraham. Non. Ce n’est pas un bébé qui allait m’empêcher de vivre comme avant.

Le deuil d’une vie implique une phase de déni apparemment?

Ma mère m’offrait de garder, j’avais de bonnes réserves de lait maternel (merci à mon zèle d’allaitement) et j’allais chanter Quit Playing Games avec mes amies. Ça me ferait sûrement du bien.

Température parfaite, des BackStreet Boys en forme, des amies que j’aime, j’ai l’impression de retrouver ma personne le temps d’une soirée. Ça fait du bien. I really feel larger than life.

Jusqu’à ce que j’atteigne le point de non-retour de l’exténuement.

Le lendemain, dans la voiture sur la route vers Montréal, ma ceinture semble m’oppresser davantage que de me garder en sécurité.

Une fois débarquée, avec pas de ceinture, je ressens le même sentiment d’oppression.

Je ne feel plus pantoute larger than life, je suis plutôt genre get down get down.

Ça perdure un bon deux semaines. L’état idéal pour s’occuper d’un bébé quoi!

Mon hypocondrie refait alors surface, et toutes mes lectures de future maman sont le carburant parfait pour nourrir mon imaginaire. Mes pensées se dirigent donc vers la peur d’avoir une embolie pulmonaire, un scénario très plausible. Effectivement, je n’ai plus de souffle, je me sens oppressée et je suis à risque parce que je viens d’accoucher.

Je parcours mon appartement à coup de petits petits petits pas, prendre ma douche est une grande corvée et mes mouvements sont courts comme mon souffle. Je suis soudainement ravie de rester évachée dans un divan pour allaiter de longues heures.

L’anxiété m’incite cependant à sortir de mon divan. Je ne vais vraiment pas bien.

Est-ce que je suis en train de mourir d’une embolie pulmonaire? Peut-être.

Est-ce que je fais une dépression post-partum? Peut-être.

Est-ce que c’est seulement mon anxiété? Peut-être.

Je consulte pour trouver la réponse.

Une belle épopée médicale qui commence.

Premier rendez-vous trouvé dans une clinique de Laval. Ma belle-mère a la gentillesse de m’accompagner. Le médecin m’ausculte et me questionne brièvement, me prescrit des Ativans avec le sourire et me dit bebye. Le pharmacien me fait les mises en garde nécessaires concernant le cocktail allaitement – Ativans et ma mère, de sa grande expérience d’infirmière, remet en question la prescription du médecin.

Un deuxième avis n’est jamais de trop. Je prends donc un second rendez-vous, toujours à Laval (Laval, ville du tourisme médical. Ça rime en plus. Je pense qu’on a quelque chose). C’est mon mari qui m’accompagne cette fois-ci. La médecin m’ausculte brièvement, me prescrit des pompes et me dit que si j’ai de la difficulté à respirer encore dans deux jours, je dois aller à l’urgence parce que ben oui, peut-être que je fais une embolie.

Avec moins de souffle qu’en rentrant dans la clinique, je vais à la pharmacie pas loin, où je retrouve un pharmacien empathique à ma situation et à la fois en colère contre la médecin, qui visiblement a fait une prescription tout croche sur laquelle il manque des indications.

Dans mon p’tit bagage après ce Clinique Crawl : des Ativans, des pompes, une peur toujours constante de faire une embolie accompagnée de sa respiration déficiente.

Un troisième avis n’est jamais de trop. De toute façon, j’ai rien que ça à faire moi, aller chez le médecin. Je suis en congé de maternité.

La troisième fois sera la bonne.

Dans une clinique de Montréal, je ne me souviens plus qui m’accompagne (désolée à cette personne et merci encore de m’avoir accompagnée), je vois donc un autre médecin. Il prend le temps de me questionner longuement, de m’ausculter, et je ressors de son bureau rassurée concernant mon embolie, avec en prime une prescription pour faire une résonnance magnétique, une prescription limitée d’antidépresseurs, l’obligation de voir ma médecin de famille dans les jours qui suivent et la recommandation de consulter une travailleuse sociale.

Je ne sais plus ce qu’on me dit à la pharmacie rendue-là, mais je me rappelle repartir avec en main de petites pilules jaune soleil et un sentiment d’accomplissement.

Le grand jour arrive, celui de ma résonnance magnétique. C’est mon oncle et ma tante qui viennent avec moi à Maisonneuve-Rosemont. Une épopée médicale ET familiale mon affaire.

Je traverse le même long corridor que j’ai traversé trois mois plus tôt avec des contractions, et, contre toute attente, mon état présent me semble pire que mon état dilatée à presque dix.

Je porte à ce moment-là mon chandail Caye Caulker, Belize, avec écrit dans le dos GO SLOW en grosses lettres, et si tu marches derrière moi, je te confirme que t’as pas l’choix de suivre la consigne.

Ma préparation mentale a été efficace et je passe ma résonnance magnétique comme une championne. Je souffle ensuite dans un tube à plusieurs reprises pour valider ma capacité pulmonaire. Je score pas ben ben fort à cette épreuve-là, mais ça ne semble inquiéter personne.

Je vois finalement une quatrième médecin, sérieuse et sympathique à la fois. Elle me fixe dans les yeux et me confirme que je n’ai pas d’embolie. Elle ne remarque pas non plus rien de préoccupant concernant mon état de santé et n’ose pas affirmer avec certitude que tout s’explique par mon anxiété, mais dans son regard, ça dit que de me calmer me ferait peut-être du bien. Sa dernière phrase est concernant mon chandail : « Moi aussi je suis déjà allée au Belize, c’est beau hein? ».

Dès le lendemain, je respire mieux. Je me rends même en Bixi au CLSC de Villeray pour ma rencontre avec la travailleuse sociale. Une femme extraordinaire qu’on aurait dû me présenter bien avant. Elle n’apparaît pas stressée de rien, même quand je lui avoue que dans toute ma fatigue extrême, je me suis imaginé étriper mon mari pendant au moins cinq secondes. Je me sentais super coupable de ça.

Elle me calme le zèle de l’allaitement et du même coup, celui de tout le début de la maternité en général.

Une délivrance que cette rencontre. Une preuve également que l’écoute sincère d’une personne peut être bien plus puissante que des Ativans.

Cinquième et dernier rendez-vous de mon aventure médicale avec ma médecin de famille à Québec. Je ne fais probablement pas de dépression post-partum et je dois accepter de changer mes habitudes de vie.

J’apprendrai de toute cette histoire que j’me dis, et, à mon deuxième enfant, je me promets de laisser respirer mon congé de maternité et d’apprécier un peu plus les longues heures passées en mou dans mon salon.

La vie étant pleine de surprises, c’est une pandémie qui est venue agrémenter les premiers mois de vie avec mon deuxième bébé. Je ne pouvais pas aller bien bien plus loin que mon salon.

Mon souhait a été exaucé.